Dans la seconde moitié du XIXème siècle et au début du XXème siècle, la chasse en mer à bord de petits voiliers était assez courante.
Le 7 décembre 1863, Monsieur Paul Jegou du Lac, propriétaire à St Pol de Léon, envoie un courrier au Journal des chasseurs racontant une de ces expéditions à l’ouvert de la baie de Morlaix, au vu des conditions cette expédition aurait pu mal tourner c’est ce que nous allons découvrir dans la reprise quasi intégrale de l’article publié dans cette revue.
« Jugez-en plutôt, et frémissez au récit le plus véridique des dangers où m’a entrainé cette passion que vous me connaissez pour la chasse de la sauvagine.
C’est vers la fin novembre, et généralement aux approches de la pleine lune de ce mois, qu’arrivent dans nos eaux ces myriades de Bernaches et de Penrus chassés par les frimas des pays de leur naissance. Tant que les glaces et les neiges n’ont pas encore fait leur apparition, rares sont ceux de ces oiseaux qui se hasardent à rallier la côte. Leurs bataillons épais se cantonnent dès leur arrivée dans les remous de flot et de jusant formés par les marées le long des rochers et écueils situés à trois ou quatre lieues au large. C’est donc là que le chasseur doit se porter pour procéder aux premiers essais de la saison.
Mais, il ne faut pas s’y tromper, rares sont les chasseurs privilégiés qui ont la disposition du matériel obligé pour pratiquer avec succès cette chasse, l’une des plus émouvantes que je connaisse.
Je passe sur la question des armes et celle des munitions ; j’en ai parlé au long dans des articles précédents. Le gros fusil double pesant de cinq à six kilogrammes, le canardier simple de même poids : voilà des armes convenables.
Tout chasseur peut être en règle sur ce point ; mais où gît la difficulté ; et celle-là est d’ne solution peu facile, c’est dans les moyens de se procurer l’embarcation en condition d’être utilisée pour ce genre de chasse.
Car, il ne faut pas se tromper ; ce n’est ni avec le lourd bateau dragueur qui se rencontre dans les criques et ports du rivage, ni même avec la péniche aux formes sveltes et élancées des pilotes de Roscoff et de l’île de Batz, que l’on peut trouver sécurité et espérer chances et succès.
Il faut absolument le yack ou embarcation de plaisance, et encore le faut-il dans les meilleures conditions de marche et de solide tenue à la mer.
Or, cette heureuse condition, si difficile à rencontrer, elle a été mise à ma disposition par la gracieuse obligeance d’un de mes amis.
Le marquis de L… est propriétaire du yack le plus délicieux qu’il soit possible d’imaginer. La Nathalie, construite à Roscoff, dans les chantiers de l’habile constructeur M. Kerenfors, jauge 11 tonneaux 36 centièmes ; elle mesure 8 mètres 60 centimètres entre les perpendiculaires ; elle est bordée à clin et gréée en côtre. Sans parler de la perfection du travail d’assemblage, qui défie toute critique, il n’est pas possible de présenter un type mieux réussi comme ensemble de construction.
Ainsi la Nathalie a-t-elle le privilège de conquérir à première vue les sympathies et les suffrages de tous les hommes, quelque peu marins, qui ont eu occasion de l’examiner.
Je me hâte d’ajouter que les épreuves sans nombre auxquelles elle a été soumise dans les conditions les plus délicates, permettra d’affirmer hardiment que nulle embarcation du tonnage de la Nathalie ne saurait lui en remonter, ni pour rapprocher du vent, ni pour se tirer d’affaire alors que la brise a forcé et que la mer est devenue houleuse.
Grâce à l’obligeance du marquis de L…, je fais tous les ans mon ouverture de chasse de mer à bord de son charmant yack.
En novembre et décembre, tous le savent, les abords de nos côtes, hérissées de rochers et parsemées d’écueils, offrent de fréquents et sérieux dangers que l’on ne peut braver qu’à l’aide de marins habiles et d’embarcations de choix ; La Nathalie ne laisse rien à désirer sous le rapport des garanties de sécurité. On doit en dire autant de son équipage, composé d’un habile patron, et de deux matelots aussi entendus qu’entreprenants ; le tous assaisonné du mousse le plus délicieux qu’il soit possible d’imaginer.
Le lundi 30 du mois dernier, Jacou Belet, toujours chargé de la mission de guetteur, était venu me prévenir de l’arrivée de nombreuses bandes de bernaches. Les pêcheurs au chalut qui fréquentent les parages des rochers de Duon l’avaient avisé de ce fait.
Or, comme ces oiseaux sont d’autant moins difficiles à approcher qu’ils n’ont pas encore pu se remettre des fatigues de leur long voyage aérien, je n’avais pas à tarder ni à hésiter. Mes ordres furent bientôt donnés, et la Nathalie fut mouillée au point de marée auquel il importait de déraper le lendemain.
Le mardi, 1er du présent mois, vers sept heures du matin, la brise soufflait mollement de la partie O-S-O ; nous avions à faire cap vers le Nord ; aussi, vent sous vergues, et filant environ dix nœuds, la Nathalie eut bientôt franchi les vingt kilomètres qui nous séparaient, j’allai dire du terrain, mais je dois plutôt dire des eaux de chasse.
Il n’y avait réellement pas d’exagération dans le rapport des pêcheurs ; le chenal du Bizec et celui de Duon étaient littéralement couverts de bernaches et de penrus. Les croassements des premières, mêlés aux sifflements des penrus, formaient le concert le plus discordant et le plus assourdissant, et de nature à faire fuir les moins mélomanes. Pour nous vous le comprenez, c’était tout autre chose ; nulle harmonie ne pouvait charmer plus délicieusement nos oreilles de chasseurs.
Pour procéder avec chances de succès, il importe de savoir que les bernaches ne peuvent s’envoler qu’en s’affalant sous le vent ; et ce n’est qu’alors qu’elles ont développé leur essor, qu’elles reviennent le bec dans le vent, conditions dans lesquelles elles développent la plus grande puissance de leur vol.
La connaissance de ce fait indique clairement la manœuvre à effectuer à bord de l’embarcation en chasse. Aussi faut-il, autant que possible, se mettre au vent du gibier, puis porter plein de toute la vitesse de l’embarcation. Cette manœuvre a pour résultat infaillible de vous faire tirer dans la bande au coup du roi, c’est-à-dire dans les meilleures conditions.
Tous chasseurs et tous marins nous supputions avec satisfaction les chances favorables qui se présentaient : abondance de gibier, absence de concurrents, belle mer, brise maniable ; tout, en un mot semblait se réunir pour nous pronostiquer une journée complète de plaisirs et de succès.
Malheureusement, dans ce bilan nous avions compté sans M ; Mathieu de la Drôme et ses sinistres prédictions, et peu s’en fallu, je le répète, que nous n’ayons eu à payer cher cet oubli.
Nous vivions ce jour-là, je l’ai dit, au premier du présent mois de décembre ; nous avions vingt jours de lune, c’est-à-dire cinq de déclin. Par conséquent, l’état de la basse-mer, moment indiqué pour entrer en chasse, avait lieu vers dix heures trente-six minutes. Nous avions donc une heure et demie d’attente. Vous comprenez que nous eûmes le bon esprit de l’utiliser à nous lester d’un solide déjeuner que nous savourâmes avec délices, mollement balancés par le léger tangage de la Nathalie mouillée sur sa maitresse ancre.
Au moment indiqué, nous levons l’ancre, et, toutes voiles dehors, la chasse commençait. Nous étions, je le répète, les premiers de l’années à entrer en campagne ; aussi, grâce à cette circonstance, et aussi à une brise fort rude qui permettait à la Nathalie d’atteindre son maximum de vitesse, nous obtenions des résultats au-dessus même de nos espérances. Nous avions déjà vingt-six pièces à bord, dont dix-huit bernaches et un énorme plongeon qui était venu se fourvoyer malencontreusement dans nos eaux…
Il était environ une heure, c’est-à-dire aux approches de la demi-marée de flot. Emportés par l’ardeur de notre chasse, nous ne nous étions pas aperçus que la poursuite du gibier nous avait déjà entrainés en pleine côte de Saint Jean du Doigt, c’est-à-dire sous le vent des rochers de Primel.
Cependant la brise fraichissait et la mer grossissait ; les vents avaient sauté à O.-N.-O. Pour regagner notre port d’attache, nous avions à doubler ces rochers de Primel, déjà à quatre kilomètres au vent à nous.
Notre position, et, en marins exercés, nous ne fûmes pas longs à nous en rendre compte, était loin d’être rassurante. Il ne s’agissait plus, en effet, de nous laisser aller à l’impulsion d’un vent-arrière qui nous aurait entrainés fatalement en pleine mer. Il fallait absolument, et malgré une mer déjà houleuse, refouler en louvoyant le courant de foudre qui emporte les eux du chenal de Duon vers la haute-mer.
Il n’y avait pas de temps à perdre : en peu d’instants, tout l’attirail de chasse était mis à l’abri dans la cabine ; comme d’habitude, je pris la barre, et peu après la Nathalie naviguait au plus près du vent sous sa brigantine au deuxième ris, au milieu d’une mer déjà tourmentée.
« M. Paul, il serait peut-être prudent de crocher le troisième ris et de remplacer le second foc par le tourmentin. Vous voyez combien nous avons de peine à franchir la pompe, et avec quelle peine notre brave embarcation se relève sous l’effort de la risée ? »
Il n’y avait rien que de très judicieux dans les observations de mon premier matelot, aussi j’y prêtais une sérieuse attention ; mais, d’un autre côté, je comprenais facilement que pour refouler la violence du courant dans lequel nous naviguions, il fallait torcher de la toile, et mordicus ! La Nathalie, je vous en réponds, en torchait rudement en ce moment.
Je navigue depuis vingt-cinq ans, de jour comme de nuit, en hiver comme en été, j’ai donc dû contracter une certaine habitude pour manier une embarcation. Je connaissais la Nathalie de vieille date, et je savais qu’elle pouvait beaucoup. Aussi, sans perdre de vue les conseils de prudence, je tenais à lui conserver autant d’aire que possible. Porter près et plein, telles sont les immuables prescriptions en dehors desquelles en dehors desquelles il ne saurait y avoir de véritable timonier : dans les circonstances présentes, je jugeais qu’il était impérieusement commandé de s’y conformer strictement.
Cependant la mer continuait à grossir sous la violence croissante du vent menaçant de tourner en tempête. Le moment était venu de décharger la Nathalie, qui menaçait de sombrer sous les efforts auxquels je l’astreignais. Je donnais mes ordres, et avec toute la célérité compatible avec notre situation, mon brave équipage avait déchargé le yack d’une partie de sa voilure. Nous n’étions plus qu’à un kilomètre de la pointe qu’il nous fallait doubler : comme distance, ce n’était rien ; mais que d’incidents imprévus, dont le moindre, la rupture d’une manœuvre, par exemple, pouvait compromettre le salut de tous. Il fallait absolument réussir à doubler, ou bien nous étions irrévocablement affalés sur une côte hérissée de brisants.
Est-il nécessaire d’ajouter que les dangers de la situation n’étaient ignorés d’aucun de nous. Mais, en pareil cas, les commentaires sont inutiles ; je dirai plus, ils offrent presque toujours de graves inconvénients. Aussi chacun concentrait toute son attention sur la partie de la manœuvre qui lui était confiée. J’avais un homme en permanence à la pompe, j’en avais un autre près de moi, prêt, au besoin, à filer la grande écoute ; un troisième avait la main sur l’écoute de foc. Quant à Jacou Belet, le moins marin de tous, je l’avais attaché au service de la pompe, où il devait relayer le matelot qui en était chargé.
Jacou Belet, je dois l’avouer, Jacou Belet, l’homme que j’ai vu vingt fois risquer son existence en se jetant à la nage pour saisir le gibier tué ou blessé, était le seul à ne pas faire contre fortune bon cœur. Ses impressions étaient, il me l’a avoué depuis, de la pire espèce. Je saisissais d’ailleurs sur sa physionomie altérée des expressions qu’il s’efforçait vainement de cacher, et qui trahissaient ses craintes et ses angoisses.
Du reste, cela se conçoit facilement, surtout chez celui qui, bien que familiarisé avec les bords de mer, n’avait jamais eu occasion de se trouver à pareille fête.
Malgré la gravité de la situation, je ne pus résister au désir de lui rappeler le ton passablement dégagé avec lequel, dans notre traversée du matin, il avait traité les prédictions de M. Mathieu de la Drôme.
« Oh ! M. Paul, ce Mathieu-là est bien habile, et il faut qu’il ait lu plus de livres que pourrait contenir cette embarcation, pour savoir tout ce qu’il sait. Si j’étais empereur, certainement le lui donnerais la croix. Quel malheur, mon bon M. Paul, que nous ayons douté de lui ; nous serions sans cela bien tranquillement appuyé sur le quai de Pempoul, au lieu d’être dans ce maudit chenal que je voudrais voir à tous les diables. »
Faut-il ajouter que je trouvais dans les lamentions de mon compagnon de chasse un thème sérieux de reproches que je m’adressais mentalement sur mon imprudence et ma légèreté à ne pas avoir pris en considération les prédictions du célèbre astronome ; imprudence d’autant plus impardonnable que l’état du baromètre semblait dès le matin donner créance à ces menaçants pronostics.
Mais, vains regrets ! La situation était faite, et il fallait en subir les conséquences, tout en utilisant de notre mieux les moyens de salut dont nous avions la disposition.
Ces réflexions, qui n’étaient pas de rose, on le comprend, ne m’empêchaient pas de concentrer toute mon attention sur l’œuvre si importante qui m’était dévolue, celle de gouverner l’embarcation.
Jusqu’à ce moment, la position, quoiqu’offrant quelques apparences menaçantes, ne constituait pas un danger immédiat. Elle pouvait même être envisagée de sang-froid par des hommes aussi habitués que les miens aux dangers de la navigation d’hiver. Malheureusement nous avions encore à traverser la phase la plus inquiétante, je dirai même plus périlleuse de notre excursion.
Nous étions à peu de distante de la pointe que nous espérions désormais doubler en deux autres bords. Tout homme du métier sait que nous devions, par conséquent, nous trouver dans une mer encore plus tourmentée.
D’un côté, il y avait grand danger à trop rapprocher les brisants ; de l’autre, en laissant courir au large, nous tombions sur les formidables écueils du Groug, où la mer se mangeait avec une telle furie que notre vaillant petit yac y aurait été infailliblement englouti. C’était l’occasion de mesurer bien exactement les distances. Tous avaient compris que le moment critique était arrivé ; aussi le silence le plus profond régnait à bord.
Nous courions bâbord amures, portant cap sur le Croug. Au moment où la Nathalie, plongeant son étrave jusqu’au bittes de beaupré, m’avertit que le danger était imminent, j’ordonnais le virement de bord. Malgré la hauteur de la lame qui commençait à déferler, la Nathalie, docile à l’impulsion de sa barre que j’avais progressivement mise sous le vent, fit son abattée, et le yac reprit immédiatement sa course effrénée, tribord amures.
Dès ce moment, la question était posée dans les termes les plus catégoriques. Nous avions les brisants par notre bossoir de bâbord, et nous ne pouvions les parer en les doublant ; arriver sous le vent à eux était désormais impossible.
Si la marée avait été seulement étale, nous doublions largement, ce n’était point douteux. Mais je ne devais pas oublier que la violence du flot nous drossait sous le vent. Il fallait de nécessité absolue porter plein et tenir de l’aire.
La pauvre Nathalie se tordait littéralement sous la violence de la pression à laquelle je la soumettais, en raidissant sa barre. De terre, dont nous n’étions éloignés que de quelques encâblures, on ne distinguait que notre gréement ; la coque de l’embarcation disparaissait dans un nuage d’écume. C’était réellement merveille de voir le vaillant petit cotre incliner brusquement, sous l’effort de la rafale, sa mâture fine et élancée, pour se redresser, plus hardi encore, et pour suivre sa course vertigineuse à travers les lames déjà écumeuses qu’il labourait de sa puissante étrave.
Enfin un soupir de soulagement s’échappe de toutes les poitrines. Nous avons la pointe extrême par la hanche de bâbord. Encore quelques secondes et la pointe est doublée ; tout à coup un cri d’effroi m’apprend que, par une fatalité inexprimable, l’écoute de foc est brisée. Avec toute autre embarcation qui n’eût pas possédé la supériorité de la Nathalie, nulle puissance humaine ne pouvait nous sauver ; grâce au ciel notre sang-froid nous a été conservé dans cette circonstance suprême. En un clin d’œil la grande écoute avait été mollie de quelques centimètres. J’avais mis la barre sous le vent, et la Nathalie, aussi docile qu’elle était brave, s’était lancée intensément dans le lit du vent.
Avant que son aire, diminuée par l’oloffée, ne fut entièrement perdue, la redoutable pointe de Primel était définitivement doublée. L’avarie survenue à notre écoute de foc de foc fut immédiatement réparée, et désormais, hors de tous les dangers, nous eûmes plus qu’à courir largue jusqu’à notre mouillage habituel. Nous y arrivâmes au moment où se déchainait avec une violence inouïe cette tempête qui a causé sur nos côtes un si grand nombre de lamentables désastres. Nous étions traversés, transis et moulus ; mais plus convaincus que jamais que, de toutes les embarcations de son tonnage, la Nathalie est la plus solide et la meilleure à la mer, comme aussi elle en est la plus coquette et la plus gracieuse.
Veuillez croire, toutefois, que cette conviction ne m’empêchera pas désormais de tenir en sérieuse considération les pronostics ultérieurs de M. Mathieu de la Drôme, et je me permets même d’avertir ceux de mes amis qui veulent bien se joindre à moi dans mes excursions de pêches et de chasses maritimes, que je décline d’avance toutes propositions ayant pour le but d’appareiller, alors que les prédictions de l’astronome seront d’une nature alarmante.
Encore sous l’impression du danger grave auquel nous avons échappé, je viens de m’apercevoir combien je me suis écarté de mon sujet ; j’aurais dû, je le sens, épargner aux lecteurs le récit de mes péripéties maritimes, étrangères en grande partie à la matière que je voulais traiter. […]
Paul Jegou du Laz
Saint-Pol de Léon , le 7 décembre 1863.
Commentaires :
Paul Jegou du Laz né en 1816, est d’une grande famille noble bretonne, il est propriétaire à St Pol de Léon. Il est très impliqué dans l’élevage de chevaux et dans l’amélioration des races bretonnes de chevaux de travail. Chasseur émérite, avec les débuts de la navigation de plaisance en Bretagne, c’est aussi un yachtman, qui domine bien son sujet, on peut le constater dans l’usage du vocabulaire maritime dans cet article.
L’auteur de cet article ne cite pas nommément le propriétaire, il donne juste l’initiale de son nom : le marquis de L… Sur St Pol de Léon à la période concernée on peut supposer qu’il s’agit du marquis Jonathas Joseph Barbier De Lescoët né en 1819 dont l’épouse se prénomme Nathalie, ils sont d’ailleurs apparentés avec les de Kersauson, les de Kergariou et les Jégou du Laz. La noblesse locale du Léon s’intéressait aux prémices de la navigation de plaisance sur des petits yachts.
La Nathalie construite dans les années 1850 par Hyacinthe Kerenfors semble être le plus grand cotre à clin construit par le chantier. Ce même chantier avait construit en 1849 pour l’auteur de cet article un cotre à francs bord l’Espérance avec les caractéristiques suivantes : longueur 6,70m, bau 2,22m et creux 1,11m, pour une jauge de 4,44 tonneaux, bordé en orme et sapin sur membrure en chêne. Ce même constructeur avait construit en 1848 pour Le Comte Eudes de Guébriant , château de la Villeuneuve à St Pol de léon un « cutter à clain » cloués et chevillés en cuivre de 6,35m de longueur , 2,25 de bau et 1,10m de creux pour une jauge de 4,04 tonneaux , on peux penser que la Nathalie avait le même type de construction pour une taille supérieure.
En 1887, le yachting français est bien développé, de nombreuses régates sont organisées sur l’ensemble des côtes et sur les fleuves, beaucoup de ports ont leur société des régates.
Durant l’hiver 1886 1887, les sociétés des régates de Brest Dinard et Roscoff se mettent d’accord pour organiser pour la première fois une course croisière pour l’été 1887.Lles yachts inscrits participeront aux régates de Brest et de Roscoff, un classement sera fait pour les parcours de Brest à Dinard de Dinard à Roscoff et enfin de Roscoff à l’île Tudy
Cette course croisière ne sera pas heureuse pour le yacht Freda à Monsieur De Sarrau. Elle commence mal pendant la régate de Brest et se finira par un naufrage en arrivant sur Dinard
Pendant les régates de Brest le Fréda, sous un grain volent casse son bout-dehors, mais l’équipage manœuvre en conséquence pour sauver le reste du gréement
L’accident du Fréda
Nous avons dit hier que le yacht Fréda avait dû abandonner la course ;
Ce yacht, surpris par un tourbillon qu’il n’a pu éviter, a été subitement enveloppé ; le bout-dehors, enlevé avec une violence inouïe, a entrainé travières[sous-barbes], haubans et foc. Le yacht était littéralement couvert d’eau par la trombe. M. le vicomte de Sarrau a immédiatement ordonné la mise en cape, et le yacht est rentré désemparé au port, où il répare ses avaries.
Malgré ce contre temps, le Fréda sera prêt à prendre la mer pour la croisière de Bretagne. Dans ce coup de vent, l’équipage du Fréda a fait preuve d’un grand sang-froid, et, à sa rentrée au port, le yacht a été acclamé par une assistance justement émue ».
Dépêche de Brest
La croisière de Bretagne
On sait que les prenant part à la croisière de Brest à Dinard sont partis de Brest le vendredi 22 juillet au matin. Le soir même, ils passaient devant Roscoff, le Fréda vers 6h30 puis l’Henriette, la Vanda, le Goëlo, le Guimily avait relâché en route pour changer son patron. Les coureurs filaient vent arrière avec belle brise, mer calme, et portant leur maximum de toile avec flèches et spinnakers ; l’Henriette, cependant, n’avait pas son clin foc.
Le Fréda parut trop courir trop près de terre et se trouver moins favorisé que ses concurrents au point de vue de la route. Cette manœuvre, en effet, lui a été fatale ; nous avons annoncé que le yacht a touché une roche et s’est complètement perdu. Ce malheureux événement s’est produit le samedi 23. Le Fréda échoua sur le rocher des Moulières, à la pointe du décollé en Saint-Lunaire (île et Vilaine), vers deux heures du soir. Il coula aussitôt, ayant une large ouverture dans le flanc. Fort heureusement, la mer était presque basse. Le Fréda filait environ six nœuds lorsqu’il accosta le rocher. Le yacht était monté par six hommes qui furent tous sauvés, ainsi qu’une partie de l’inventaire et du matériel, par M. Lordonné, marin à Saint-Servan, qui se porta sur les lieux dès qu’il eut connaissance de cet événement.
Après avoir constaté la situation de l’épave M. Le commissaire de l’inscription maritime de l’inscription maritime de Saint-Malo a dû envoyer une forte équipe d’hommes pour dépecer le yacht et en sauver ce que l’on pourrait, entre autres la mâture et son magnifique lest en plomb.
L’Henriette est arrivée au but le 23 à 10h 30 du matin ; la Vanda, à 2h05 le même jour ; le Goëlo, le 24, à 7h du matin ; le Guimily, le 25 à 7h du matin.
La croisière de Dinard à Roscoff a donné le résultat suivant que nous adresse, par lettre du 30 juillet, notre correspondant de Roscoff :
L’Henriette, à M. Pilon, est arrivée à 1h35 du soir ; la Vanda, à M. de Guébriant, est arrivée à 1h57 du soir. L’Henriette ayant 54 minutes à rendre à la Vanda, ce dernier bateau est donc bon premier
Dépêche du lundi 1er aout 1887
Quelques jours plus tard la dépêche de Brest précise les circonstances de ce naufrage
Le naufrage du Fréda
Nous empruntons au Yacht les détails qui suivent sur le naufrage, dont nous avons déjà parlé, du côtre de course le Fréda :
Parti le 22 juillet, à 6 heures du matin, Fréda était signalé comme passé premier en vue de Roscoff, ayant alors une avance de huit milles sur ses concurrents.
La brise avait un peu fraichi, la mer était belle, et le Fréda courait avec une vitesse moyenne de7 nœuds. Le yacht était monté, outre les yachtmen amateurs, d’un capitaine, dit patron de course, d’un pilote et de trois hommes d’équipage.
Le 2 » au matin , une brume épaisse couvrait la mer, et force fut de naviguer sur le compas. Vers midi la brume se dissipe, et l’on aperçoit dans le lointain Saint-Malo.
A ce moment le pilote qui devait entrer Fréda à Dinard déclare qu’il ne connait pas assez les passes pour diriger sûrement le yacht. Immédiatement le capitaine met en panne, et des signaux sont faits pour demander un pilote. Personne ne répond à l’appel du Fréda ; des bombes sont lancées, des pavillons hissés, tout est vainement tenté. On jette l’ancre.
Au bout de deux heures d’attente, une barque s’avance et celui qui la monte se déclare apte à entrer le yacht à Dinard, étant capitaine au cabotage (promettant de la prouver) et affirmant connaître parfaitement les passes. On était alors en face du petit village de saint-Briac.
Se remettre en marche fut l’affaire d’un instant, et l’on part, plein de confiance dans le nouveau guide.
Ce dernier décide qu’on franchira, pour entrer, la passe du décollé qui part de saint-Lunaire et aboutit à la rade de Dinard.
Quelques observation sont présentées au pilote sur la grande calaison de Fréda, et le danger qu’il pouvait y avoir à trop s’approcher des roches très nombreuses à cet endroit, à ce point qu’elles forment un véritable archipel. Le pilote persiste à suivre sa route ; la brise établie est assez forte et Fréda, toutes voiles dessus, court rapidement.
Tout d’un coup, alors que chacun veille à la manœuvre, un bruit sinistre, strident, perce l’air ; lancé à toute vitesse, le yacht s’est engagé sur la pointe du rocher de la Moulière. Surélevé d’un mètre au-dessus de flottaison, le yacht s’est arrêté net, la mâture inclinée, le gréement a gémi, mais rien encore n’a manqué.
Plein de sang-froid, l’équipage dominant son émotion, obéit à la voix du capitaine qui commande aussitôt de carguer les voiles, et le pavillon de détresse est hissé aux haubans.
Le sémaphore de St-Lunaire répond en hissant le pavillon noir, le télégraphe joue, et, chose incroyable et pénible à constater, aucun secours n’arrive, rien ne vient au secours des naufragés. Le soir du sinistre, le lendemain même, les secours ne sont pas encore venus !
Mais le yacht, fouetté par le vent, frappé par les vagues, est tombé à la bande, et une roche aigüe lui pénètre le flanc qu’elle déchire. L’eau envahit Fréda ; tout espoir de renflouement est désormais perdu, et cependant les efforts les plus énergiques ont été tentés pour arracher le yacht aux flots.
Deux hommes de l’équipage ont pu gagner la terre et courir à Dinard, à St-Malo, demander des secours, réclamer des vapeurs, tout est vain, ni secours, ni vapeur, rien, rien !
Des barques de pêche sont hélées du bord, le capitaine fait embarquer son équipage et tout ce qu’on peut sauver ; la nécessité d’abandonner le yacht est évidente.
Le flot montait à ce moment, le yacht est pris par un courant des plus violents, roulé de roche en roche et vient, dans un craquement horrible que n’oublieront jamais ceux qui l’on entendu, s’abîmer dans le gouffre pour ne plus se relever.
Tout était brisé, rompu à bord. Il était cinq heures, Fréda avait disparu sous les lames qui brisaient aux sombres lueurs de la nuit.
Quelques heures après on apercevait encore, émergeant de l’eau redevenue plus calme, le bas mât au haut duquel flottait, comme signe de protestation et d’agonie, le pavillon de détresse.
Da dépêche de Brest du 09 aout 1887
Poursuivant mon enquête je suis entré en contact avec Noel Gruet, historien du yachting. Qui a eu amabilité de me donner un excellent article qu’il a écrit sur le Fréda pour N° 8 du cahier du bassin (Arcachon) ainsi que des copies des documents du journal le yacht qui illustre cet article . Je le remercie sincèrement.
Nous apprenons que le Fréda a été construit Battersea sur la Tamise près de Londres par le chantier Freake d'après des plans de Beavor Webb pour son propre compte. Fréda est d’un type extrême et est vraiment peu large pour un tirant d’eau important , il a les dimensions suivantes 15,85 m. 2,94 m bau. 2,70 m creux
Âpres un beau début de carrière en régates en 1882 il arrive premier 19 fois et second 4 fois sur 29 courses , il est acheté en 1885 par le jeune vicomte de Sarrau et arrive en France ou il est inscrit à Bordeaux, et poursuit sa carrière en régates jusqu’à son naufrage en 1887.
Après le naufrage du Freda, la courses croisière se poursuit, seul deux yachts la dernière étape de Roscoff à l’île Tudy le cotre Vanda et le yawl Roscovite à Jacques de Thézac qui remporte victorieusement cette étape
--------------------------------------------------------------------------------------------------------
A travers deux article nous allons découvrir l’ambiance des régates de Roscoff dans lea années 1900, un premier article de La dépêche de Brest nous montre l’animation du port pour cette journée de régates, un second article du Journal le Yacht, entre dans le détail des affrontements sur mer.
« Les régates de Roscoff ont eu lieu hier ; elles ont été favorisées par un temps splendide, bien que nuageux par instants.
Le vent soufflait nord-ouest ; fraiche brise. Dès le matin, les trains venant de Morlaix, principalement celui de 9h10, ont déversé à Roscoff une foule très considérable. La Musique de Morlaix, composée d’une cinquantaine d’exécutants, sous l’habile direction de MM ; Chauvin et Saint-Cas, est arrivée par le train précité et a fait son entrée en veille en exécutant quelques marches choisies. Elle s’est arrêtée devant la demeure du commissaire de l’inscription maritime, président effectif des régates et a exécuté plusieurs morceaux avec entrain.
Roscoff présentait partout un air de fête. Dans le port, tous les navires, et jusqu’aux plus petites barques de pêche et de plaisance étaient coquettement pavoisés.
A bon nombre de fenêtres flottait le drapeau national. Sur le quai, les tribunes étaient pavoisées avec beaucoup de goût. Au moment des régates vers deux heures, ces tribunes étaient littéralement garnies de spectateurs avides de bonne musique avant tout et désireux de suivre les différents départs et arrivées des coursiers.
Le Rocher, du haut duquel la chapelle Sainte-Barbe domine la mer au loin présentait vu à une certaine distance, l’aspect d’une véritable grappe humaine, beaucoup de personnes s’y étant rendues pour pouvoir mieux suivre les bateaux concurrents dans leur marche et leur évolution au large.
Deux torpilleurs rehaussaient par leur présence l’éclat de la fête.
Le bateau de sauvetage d, sorti dès une heure, se tenait au large dans le rayon du parcours des régates, prêt à toute éventualité.
Un accident est à noter. Un joli petit canot blanc, monté par deux hommes, le Doriot, appartenant à M. de Cottignon, a chaviré. Il avait un foc fixe. A un moment donné, filant vent arrière, et ayant à changer de panne, il a embarqué de l’eau par la poupe et a chaviré.
Un torpilleur s’est immédiatement porté à son secours et l’a ramené dans le port, ainsi que les deux marins qui le montaient, qui en ont été quitte pour un bain forcé, pas par trop désagréable après tout, l’eau étant bonne à cette saison.
Favorisées par une bonne brise, les courses ont été fort bien réussies et ont présenté un réel intérêt pour les spectateurs. Le parcours imposé était un peu long et le retour des derniers départs s’est effectué un peu tard, vers six heures, alors que bon nombre de spectateurs étaient déjà partis.
Pendant les courses, la musique a brillamment exécuté les morceaux choisis de son répertoire et a témoigné une fois de plus la valeur de sa direction .
Le soir, à neuf heures, un feu d’artifice, fort bien réussi et qui fait honneur à l’artificier ainsi qu’à la municipalité de Roscoff et au comité des régates, a été tiré au Vildevant une assitance très nombreuse, tellement nombreuse même que, vu l’exiguité relative de la place, les spectateurs se trouvaient comme au milieu des fusées et autres pièces, ce qui n’était peut etre pas absolument sans danger.
Un bal champêtre très animé, éclairé a giorno a suivi le feu d’artifice et la jeunesse s’en est donné à cœur joie.
Dans les rues, jusqu’à minuit des bandes de jeunes gens se sont promenés en chantant différentes chansons et en organisant une petite bataille de fleurs, ainsi que le témoignent nos pavés, couverts, ce matin, de confetti.
En somme tout a été pour le mieux (à part l’accident de la barque bien entendu) , dans un décor réellement unique, comme Roscoff le présente à mer haute.
Dépêche de Brest du 5 aout 1902
Le reporter du « Yacht journal de la marine » était sur place et nous décrit les régates et les bateaux engagés
« les régates de Roscoff ont eu lieu par une belle brise de Nord-Ouest permettant aux coureurs de porter toute leur voilure. Le temps magnifique avait attiré sur la jetée du port une foule nombreuse et élégante qui s’intéressait particulièrement aux évolutions des yachts et bateaux de pêche venus en grand nombre des environs. Deux torpilleurs de la défense mobile de Brest rehaussaient, par leur présence, l’éclat de cette belle fête nautique et prêtaient gracieusement leur concours. Ils ont contribué au sauvetage du petit yacht à dérive Dorlot. Les petites séries courant à la longueur sont toujours très en faveur sur notre côte et réunissent des bateaux d’origine et de formes diverses dont les différentes rencontres ne manquent jamais d’être extrêmement intéressantes à suivre. Cette année, leur succès ont été encore plus marqués, car la seule série de 5 mètres maximum réunissait 15 participants dont 3 dériveurs : Loïk, à M. Le comte Costa de Beauregard, construit chez Pitre, de Maison Laffite sur les plans de M. Picamilh ; Nemrod, a M ? de Lansalut, monotype de Nice ; Dorlot, à M. de Cotignon, construit à Bordeaux sur les plans de M. Guédon . le type fin keel à gouvernail suspendu était représenté par Yannik, à M. Collet, construit spécialement sur ses plans pour courir dans cette série. Il arrivait à Roscoff précédé d’une réputation méritée. Il s’est pourtant fait battre par le Foederis Arca, le champion de la localité. Dans les 6 mètres, on remarquait un bateau neuf de Pauvy, le constructeur du Foederis Arca, Ce nouveau bateau est arrivé 1er de sa série/
A la suite d’un abordage entre Loïk et Dorlot, ce dernier, accroché dans les haubans par la bôme du Loîc , a chaviré et un second départ a dû être donné.
Voici les résultât des deux séries :
Série de 5 mètres maximum :
Loïk, à M Costa de Beauregard, abandonne à la suite d’avaries dans son foc à rouleau.
Série de 5 à 6 mètres maximum
Dans les yacht courant sous l’empire de la formule de jauge de 1899, on remarquait la présence du Mascaret (ex Nat 1er), à M. Le gac, construit sur les plans de M. Chevreux
Yacht de 0 à 1 tonneau :
Yacht de 1 tx à 2 tx ½
Prix d’honneur pour les é séries réunie : Boer
Yacht de 2tx ½ 5tx
Yacht de 5tx à 10 tx :
Prix d’honneur pour les 3ème et 4eme série réunis : Mascaret à M Le Gac
Les courses des bateaux de pêche de 6m, 7, 8 et 9,50m, sont toujours très réussies à Roscoff La série de 7m réunissait 13 partants ; mais le clou de la journée est toujours le départ des séries des 8m et 9,50m. cette année, on avait inauguré pour elles le départ volant et rien n’était pittoresque comme de voir évoluer ces bateau hauts et puissants sur l’eau portant hardiment de gigantesques voilures de cotre. Leur forme comme pureté de ligne ne le cède en rien aux yachts ;
Parmi eux , citons le fameux Reder-Mor, bien connu par sa remarquable vitesse et qui a fait une course extraordinaire, puis la Marie, dont le superbe modèle a figuré à l’exposition nautique de Brest l’année dernière. Dans le Yacht du 26 octobre 1901, nous présentons d’ailleurs les succès de cet excellent type de bateau. Nous donnons le résultat des deux grandes séries Parcours de 15 milles
Bateaux de pêche au-dessus de 9m50
Série de 8 à 9m50
Le départ ayant eu lieu en flying start, nous feront remarquer le peu d’écart des résultats à l’arrivée, ce qui fait ressortir l’habileté des équipage
Le Journal le yacht 16 aout 1902
La dépêche de Brest du 07 aout 1902 donne le classement complet de toutes les séries et donne les complément suivants :
7ème course, bateaux de pêche au dessous de 6m
1er prix Thérèse à M. didou ; 2ème ; Jean-marie, à M. Le Guen ; 3ème Euroin, à M. Le Boulch ; 4ème Foederis Arca, à M. Moguérou.
8ème course, bateaux de pêche de 7m maximum : 1er prix N-D des Victoires à M. Rohou ; 2ème Saint-Joseph, M Beganton ; 3ème Alice, à M. Féat ; 4ème Marie-Joseph, à M. Simon
9éme course, bateaux de pêche de 7 à 8m 1er prix Sainte-Barbe, à M Bernard ; 2ème Anne-Marie, à M. Calvez ; 3ème Marguerite, à M. Grall
Nous avons déjà les résultats de la 10ème et 11ème courses
Commentaires
Les régates de Roscoff sont anciennes elles existent depuis 1849, créée à l’initiative d’Édouard Corbière. La famille de charpentier Kerenfors, est impliqué très tôt dans les régates, construisant pour son compte de petits yachts. Son chantier à la réputation de construire de bon marcheur et se taille une renommée en construisant des yachts et des bateaux de pêches Les régates rassemblent différentes classes sociales, les grands yachts sont le privilège de la noblesse et de la haute-bourgeoisie. Les petites unités de plaisance sont accessibles à la petite bourgeoisie locale. Mais les régates passionnent tout le monde le monde maritime, les pêcheurs roscovites, et ceux de Carantec se piquent aux jeux . Les chantiers sont non seulement impliqué dans la construction , mais sont également propriétaire de bateaux armés en plaisance Pauvy et Kerenfors s’affronte sur leur propre construction dans la série des moins de 5 m .
--------------------------------------------------------------------------------------------------------
Les épreuves de la coupe du Kreisker, créée tout récemment par M. Glandaz, membre du yacht-club de France , ont été courues avec un plein succès, pour la première fois, le 23 aout [1903], en rade de Carantec, ainsi que l’Ouest-Éclair l’avait annoncé.
Malgré la pluie et le vent, un public très nombreux était venu de Morlaix, de Roscoff et de Saint-Pol de Léon.
A 11 heures, un déjeuner des mieux servis réunissait les invités des deux sociétés, au nombre d’une cinquantaine environ, à l’hôtel Poutier, dont la situation exceptionnelle sur la rade de Carantec se prête admirablement à une pareille réception. Sur la table se dressait la coupe du Kreisker, magnifique objet d’art en argent, ciselé par la maison Linzeler de Paris.
Un menu très artistement peint par M. Janin représentait les deux champions courant sur le Kreisker, auréolé d’un magnifique soleil couchant.
Notons au passage parmi les personnes présentes : MM. Cazin d’Hamincthun président de la société des régates de Morlaix de Guébriant, M. Croissant, vice-président de la société des régates, MM.de Fontaines Herr, Bacquet, de Costa de Beauregard, Janin, de Grainville, Perlès de Thun, Bienvenu, Alexandre, Le marchand de Trégon, Obry, de Langle, Picard de Trémaudan, Rumen, Sabot de Corrigon, de Kerdrel, de reals, de Bressieu, etc.
M. Glandaz retenu à bord de son steam yacht Elsie par le mauvais temps, s’était fait excuser ; ainsi que l’Ouest-Eclair l’a déjà annoncé, le challenger de Roscoff est le Yannik, pur finkal, dessiné et construit par son propriétaire M ; Collet : il est monté par MM. Collet, de Cotignon et Deschamps, tout trois bien connus des yachtsmen bretons.
Quand au Fœderis Arca, le defender de la Société de Morlaix, c’est le type raisonnable des bateaux du pays, robuste, très haut de franc bord et harmonieux dans son ensemble. Il est fort bien conduit par MM. Philippe de Parscau, Maréchal, Robert Costa de Beauregard. Cet excellent petit « racer » appartient à M. Noel, de l’île de Batz, dont il a toujours fait triompher les couleurs, et a été construit par Pauvy en rade de Morlaix.
Le jury était composé de MM. Croissant et de Saint-Laon pour Morlaix, Sabot et de Cotignon pour Roscoff.
Le parcours indiqué, d’environ six milles en triangles, consistait à couper la ligne de départ devant l’^hôtel de Carantec, virer le Cordeau à bâbord, puis le Bizinennou, revenir couper la ligne de départ, tirer de nouveau le Bizinennou et arriver devant le Bateau-jury et un canot mouillé à terre.
A 2h ½ le signal d’avertissement est envoyé. Les deux concurrents viennent croiser sur la ligne de départ, se chicanant la première place, car c’est un flying start ou départ volant.
A 3h ¼ la ligne est ouverte : le Yannik passe le premier vent arrière, sur foc perqui [ ?], un ris dans la grand’voile, il file rudement poussé par une forte brise d’ouest sur la tourelle du Corbeau. Le Fœderis Arca le suit à une encablure environ, lui aussi avec un ris dans sa grand’voile.
Le Yannik augmente son avance, mais le yacht de M. Noël, largue son ris, installe son spinnaker et à partir de ce moment, tombe sur son adversaire.
La tourelle du Corbeau est virée dans le même ordre et petit largue, les deux bateaux courent sur le Bizinennou. Le Yannik vire encore premier, toutefois M ; collet qui est à la barre, a le tort de virer de suite et de courir sur la terre tandis que le Fœderis Arca prolonge très loin sa bordée sous, l’île Callot. Le Yannik préoccupé sans doute de tenir son adversaire sous le vent, revire aussitôt, mais trop tard, le Fœderis Arca lui échappe. Tous les deux se livrent à un long luffing match. Cependant après un ou deux bords du Yannik, il est facile de constater que M. de Parseau a donné deux ou trois encablures d’avance au Fœderis Arca.
Après avoir doublé le bateau jury, les yachts prennent de nouveau le vent arrière et piquent droit cette fois sur le Bizinnenou ; mais là, le Yannik après avoir viré cette bouée, prend de suite sa bordée sur la terre, laissant le Fœderis Arca manœuvrer comme la première fois. Cette manœuvre lui réussit, car la brise saute brusquement au sud-ouest, laissant sous le vent le champion morlaisien qui, de ce fait, perd toute l’avance gagnée.
A partir de ce moment, la lutte devint palpitante d’intérêt. De deux points opposés de l’horizon, sous des amures différentes et sans qu’il soit possible de préjuger du premier, les deux champions courent l’un sur l’autre à toute vitesse. Lequel est au vent ? Fœderis Arca semble être devant. Bientôt, même, on peut constater qu’il est franchement devant. Enfin il vire de bord pour la dernière fois et se présente sur la ligne d’arrière, mais le Yannik fait un suprême effort et par une manœuvre très hardie, longeant le bateau jury, il vient couper la ligne d’arrivée, virant jusque sous le bout dehors du bateau du jury.
Malheureusement son audace ne lui sert pas et il est pointé 5 secondes seulement derrière le Fœderis Arca après deux heures de course.
Le champion morlaisien Fœderis Arca garde donc la coupe à la société des régates de Morlaix.
De nombreuses acclamations saluent l’arrivée des coureurs et de vives félicitations sont adressées à leurs équipages qui, uniquement composés d’amateurs, ont manœuvré avec un tel entrain que la lutte a été disputée jusqu’au bout.
A l’issue de la remise de la Coupe, la Société de Roscoff a immédiatement envoyé un défi dans la série de 6 mètres, défi aussitôt relevé.
L’année prochaine nous promet une vive compétition, d’autant plus que nous apprenons la commande immédiate de deux bateaux, l’un pour M ; Herr, de Morlaix ; l’autre pour M ; Collet, de Locquémeau.
Nos compliment à M. Glandaz, pour le beau succès obtenu par sa coupe
Ouest Éclair du 27 aout 1903
Commentaires :
Aux régates de Roscoff de 1901 on apprend que le Fœderis Arca de M Noel d’Ouessant est dans la série de 6 maximum. En 1900 il est premier des régates de Morlaix dans la série des moins de 6 m. C’est étonnant que M Noel de l’île de Batz, est noté de Ouessant sur cet article de 1901. Il serait intéressant d’avoir des précisions sur ce monsieur Noel qui eu l’idée également en 1908 d’un service de vedette à moteur pour l’île de Batz, ce projet ne vit pas le jour.
Fœderis Arca est le nom d’un voilier de commerce bien connu pour une mutinerie en 1864 de son équipage qui assassina le commandant le second et le mousse, Jugés à Brest quatre matelots de l’équipage les meneurs de cette mutinerie furent condamnés à mort et guillotinés. Cette affaire eu un grand retentissement, et plusieurs bateaux de pêche ou petits yachts sur toutes les côtes de France furent baptisés Fœderis Arca
Article
de Jacques Perret sur l’affaire du Fœderis Arca
-------------------------------------------------------------------------------------------------
A partir de 1850 les autorités maritimes encouragent les régates locales, le yachting se développe doucement sur nos côtes. A la fin du XIXème le moindre port de la côte nord bretonne a ses régates.
Les archives départementales des côtes d’Armor ont une belle collection d’affiches de régates de la fin XIXème entre 1880 et 1913 tel que : Erquy, Plérin les régates du club nautique du Légué, Pordic, Saint Quay Portrieux, Paimpol, Tréguier, Penvénan régates de Port-Blanc, Perros, Ploumanac’h, Trégastel et Trébeurden . Ce petit article est principalement basé sur l’exploitation de ces affiches.
Comité d’organisation
Les régates étaient organisées tous les ans, un dimanche d’été sous la patronage d’un comité local.
Les autorités de la troisième république sont impliquées dans les régates. Souvent le comité est présidé par le maire. Le préfet, le sous préfet, le député de la circonscription sont membre d’honneur, les autorités maritimes sont représentées par l’administrateur de l’inscription maritime. A port blanc des illustres personnalités font également parti du comité comme Théodore Botrel ou Anatole le Braz
Les catégories
Les régates se divisent en plusieurs séries correspondant au différents types de bateaux, bateaux de pêche, bateaux d’engrais marin, yachts, Les régates sont accompagnées de courses à l’aviron et de courses à la godille pour les jeunes. Les parcours sont relativement courts, les arrivées sont généralement entre une bouée et le bout d’un môle sur lequel a été dressée la tribune d’honneur.
Souvent les régates sont réservées, en fonction des catégories aux bateaux locaux et des ports voisins, par exemple aux régates d’Erquy « seuls les bateaux de pêche compris entre le Cap Fréhel et Dahouet sont admis à concourir » ou pour les régates de Perros-Guirec seul les bateaux du quartier de Lannion et du syndicat de Port-Blanc.
Pour les régates de Tréguier du dimanche 18 septembre 1904,
La quatrième série : réservée aux bateaux goémoniers et sabliers de Tréguier, Plougrescant, Plouguiel, Minihy-Tréguier, la Roche-Derrien, Langoat, Troguéry, Pouldouran, Kerbors, Trédarzec et Pleubian- Voilure Ordinaire à Volonté.
Les prix
Les trois ou quatre premiers de chaque catégorie, en plus d’une médaille , reçoivent un prix, payé en argent liquide ou correspondant à un matériel nautique, baromètre, longue vue, jumelles, ou matériel de pêche ou un objet d’art. Au tournant du siècle, les premier prix de chaque catégorie varient de 30 francs à 80 francs, ce qui représente pour les pêcheurs, souvent modestes, une belle somme correspondant à 75 € à 200 € d’aujourd’hui.
Le ministère de la marine participe largement aux prix des régates en 1903 il accorde pour les régates des côtes du Nord : « Quartier de Saint-Brieuc. Régates de Saint-Brieuc le Légué : une médaille, un baromètre, une jumelle et 100fr ; régate de Saint Cast : une médaille, un baromètre ; régates d’Erquy : une médaille, un baromètre.
Quartier de Binic – régates de la société nautique de Binic, une médaille, un baromètre, une jumelle ; régates de Saint Quay Portrieux, une médaille une longue-vue une jumelle. Quartier de Paimpol. Régate de Paimpol : un baromètre, une jumelle et 20fr ; régates de l’île de Bréhat un baromètre une longue vue. Quartier de Tréguier Régates de Tréguier une médaille, une jumelle et 20fr ; régates de port Blanc ; une médaille un baromètre et 15fr. Quartier de Lannion régate de Perros-Guirec 2 médailles, un baromètre et 20fr ; Régate de Trébeurden : une médaille une jumelle.
Autres réjouissances
Les régates sont associées à d’autres réjouissances, en 1913 à Port-Blanc, des promenades en torpilleurs, d’autre jeux maritime sont souvent au programme comme des courses de modèles de bateau, le mât de cocagne , le mât horizontal , la course de canard, ou des épreuves de natation. Ou bien d’autres encore comme des courses de vélocipèdes, courses de chevaux, tir aux pigeons et bien sur cela se terminait souvent par un bal champêtre.
Sources :
La collection d’affiches
anciennes des archives départementales des côtes d’Armor